Archives de Catégorie: Vie indépendante

Liste de choses faites, ou à faire?

La "to-do list", ou liste de choses à faire, est problématique. Elle est source de culpabilité, parce qu’elle contient souvent un mélange de tâches atomiques faisables immédiatement (les "next actions" de la méthode Getting Things Done) et d’objectifs voire de projets plus ou moins nébuleux.

On y trouve des choses comme "compta" (alors que c’est deux jours de travail) ou "migration serveur" (alors que je n’ai pas la moindre idée par où commencer). Mieux: "classer tickets par mois" ou "trouver codes d’accès nouveau serveur".

Bref.

Un autre problème des listes de choses à faire c’est qu’elles sont incomplètes. A moins d’avoir un système extrêmement rigoureux, une bonne partie des choses que l’on fait dans sa journée n’est pas sur la liste des tâches. On voit du coup l’intérêt de tenir un "journal" des choses faites, qui nous permet d’avoir un regard plus réaliste sur notre productivité et ce qu’on accomplit.

Et de culpabiliser moins!

Faut-il suivre ses passions pour s’épanouir professionnellement?

Contrairement au dogme bien répandu, suivre ses passions n’est pas un gage de succès et d’épanouissement professionnel. Oh, j’ai sûrement dû donner ce mauvais conseil une fois ou l’autre, et je m’en repens. Mais j’ai toujours aussi insisté sur le fait qu’il doit y avoir un marché pour ce qu’on fait.

Dans cette vidéo de 30 minutes, Cal Newport explique d’où vient cette idée reçue que suivre ses passions pour définir sa carrière est une bonne idée — point culminant, le fameux speech de 2005 à Stanford de Steve Jobs. Prenant pour exemple Steve Jobs, justement, qui n’a pas fait pour sa carrière ce qu’il recommande dans ce speech (sinon il aurait sans doute fini instructeur dans un centre de méditation!), Cal propose une autre voie: devenir suffisamment bon à quelque chose qui a de la valeur pour autrui qu’on peut utiliser ces compétences comme levier pour se construire une vie qui tienne compte de ce qui est important pour nous.

Alors certes, il faut avoir de l’intérêt pour cette chose (assez pour persévérer dans sa maîtrise), mais ça n’a pas besoin d’être une passion. Et il peut y avoir plus d’une option viable pour chacun. En fin de compte, ce n’est pas tant la tâche exacte que l’on fera pour gagner sa croûte qui importe, mais ce qu’elle nous permet d’injecter dans notre vie. Et ce qui n’empêche pas, bien au contraire, d’aimer ce qu’on fait.

Cal l’explique bien mieux que moi, regardez cette vidéo (pendant le petit-déjeûner demain si maintenant n’est pas un bon moment.)

Pour en savoir plus sur la recherche de Cal, lisez son livre "So Good They Can’t Ignore You".

 

 

Les finances de l’indépendant

L’équation des finances de l’indépendant est simple: s’il y a du travail, il y a de l’argent; s’il n’y a pas de travail, il n’y a pas d’argent.

Parfois, il y a trop de travail et pas assez d’argent — ça, c’est un problème de tarification, dont on parlera une autre fois.

Ce qui m’intéresse juste maintenant c’est l’impact qu’a cette équation sur certaines négociations client. En effet, pour le client généralement salarié, le salaire tombe à la fin du mois, qu’il avance ou non sur tel ou tel projet, qu’il soit en vacances, surchargé, ou un peu désoeuvré.

Les discussions sans fin avant la conclusion d’un mandat ou le démarrage d’un projet laissent souvent l’indépendant "dans les limbes". Est-ce que je dois garder du temps pour ce client? Est-ce que je dois dire non à cet autre client potentiel, du coup? Est-ce que ça va se matérialiser?

On fait donc des pronostics, des prévisions. OK, celui-ci a l’air solide, je vais dire à l’autre que je ne pourrai donc pas démarrer avant juin. Ou au contraire: ça traine, je vais donc continuer à prospecter et ne pas trop compter dessus.

A la clé, pour ceux qui vivent un peu au mois par mois: est-ce que ça va aller pour payer le loyer et les charges dans 2 mois?

Souvent sans certitudes, on doit parier. Et du côté du client, on sent bien que l’enjeu n’est pas le même. Ah oui, en fait, ce gros projet qu’on voulait démarrer avec vous le mois prochain, on va repousser de 6 mois, c’est pas grave, hein? Mais non, bien sûr, je vais payer mes factures avec mon temps de libre, voyons. Ou bien: on aimerait que vous bloquiez une semaine de votre temps pour nous dans 2 mois même si votre offre ne nous convient pas. Nous aussi on fait des heures sup’ non payées, vous savez.

Un retour en arrière quand les négociations semblaient avancer solidement, ça revient à tirer le tapis de sous les pieds de l’indépendant, littéralement, et le laisser trop souvent avec rien, un manque à gagner sec.

Certes, on devrait avoir 3 à 6 mois de "tapis" financier pour les coups durs, et facturer assez pour "absorber" toute cette énergie perdue en négociations qui finalement ne mènent nulle part… mais la réalité est que grand nombre d’indépendants sont bien plus fragiles financièrement que ça.

Autre plaie: le travail en amont. Faites-nous donc une proposition détaillée puis on regardera si on peut travailler ensemble. Je sais qu’il y a des personnes qui fonctionnent comme ça, qui passent un temps fou à préparer des pitches et des propositions non payés et qui débouchent souvent sur rien — c’est plus courant dans certains domaines que d’autres. Ou des fois, c’est carrément: ah, commencez déjà le travail, puis on verra…

Entre le client-entreprise et l’indépendant, le rapport de forces est très inégal, et j’ai l’impression que souvent l’entreprise n’en a absolument pas conscience.

A l’eclau, on s’arrête pour la pause de midi

Ce n’est pas une obligation, mais une habitude qui s’est mise en place au fil du temps. Depuis un moment déjà, les coworkers de l’eclau se retrouvent pour un pique-nique canadien une fois par mois à midi. Mais ce n’est pas tout: comme l’eclau semble attirer les amateurs de tupperwares, on y trouve souvent quelqu’un avec qui partager son repas.

Il y a quelques semaines, on a décidé de formaliser ça un poil: si on prévoit de manger à l’espace coworking, on crée dans le calendrier de l’eclau un petit rendez-vous "pause de midi" avec son nom (en fait on écrit "eclunch" ;-)). Les autres présent rajoutent leur nom. Ça permet de savoir un poil à l’avance s’il va y avoir du monde à midi, ce qui est très pratique!

Du coup, à l’eclau, on fait une pause à midi. On me dit souvent qu’une des choses qui caractérise l’eclau, c’est qu’on y travaille bien. Pour ceux qui y restent toute la journée, je suis sûre que la pause de midi n’est pas étrangère à ça.

Je viens de tomber sur cet article qui explique pourquoi c’est important de faire une pause à midi (une habitude qui se perd dans le monde du travail):

  • récupérer psychologiquement: avec une pause à midi, on traite mieux l’information, on a un meilleur self-control, on se concentre mieux
  • améliorer sa santé physique: relaxation, moins de stress, meilleur sommeil
  • diminution de la fatigue: on est plus productifs, simplement!

Travailler non-stop durant sa pause de midi est vraiment une "fausse bonne idée". En tant qu’indépendants, on a souvent la liberté de s’organiser comme c’est le mieux pour nous: s’arrêter une heure à midi peut bien vouloir dire qu’on abattra notre travail de l’après-midi en deux heures au lieu de quatre. Ce serait dommage de passer à côté de ça!

Des fois ça tourne carrément au festin! (Whisky exceptionnel, je précise...)

Des fois ça tourne carrément au festin! (Whisky exceptionnel, je précise…)

Tâches plates ou hiérarchisées

Je joue depuis quelques jours avec Trello, un système d’organisation de tâches très sympa et collaboratif. Ouvrez un compte et essayez: on vous propose de faire des panneaux (= boards) sur lequel vous mettez des cartes avec les tâches à faire. Vous pouvez organiser ces cartes en listes (par défaut "To Do", "Doing", "Done", mais vous pouvez changer tout ça et faire autant de listes que vous voulez).

Chaque carte peut recevoir des commentaires et contenir des listes à cocher (de sous-tâches, par exemple).

C’est là où je coince: élevée à l’école GTD, une tâche est pour moi une "Next Action", atomique (indivisible) et pouvant être effectuée sans prérequis. Depuis belle lurette je suis revenue à utiliser simplement les tâches de Google Calendar. Je préfixe chaque tâche avec l’initiale du projet ou du client pour structurer un peu, mais ça s’arrête là.

Quand on me propose un système hiérarchique je me perds vite dans des tergiversations peu utiles. "Nettoyer la salle de bains", je mets ça sur une carte ou bien dans une liste à cocher à l’intérieur d’une carte "Ménage"?

En fait, quand il s’agit de faire, trop de structure ou de hiérarchie peut nuire à l’action. Si je dois rentrer dans des cartes ou changer de panneau pour savoir ce que j’ai à faire, c’est moins immédiatement efficace que si j’ai simplement une liste toute bête du pain que j’ai sur la planche.

A ce stade, je pense que Trello m’est plus utile comme outil light de gestion de projet (quelque chose que je faisais jusqu’à présent simplement dans un document texte) pour garder une vue d’ensemble de ce qu’il y a à faire et s’assurer que rien ne m’échappe — particulièrement pour les projets collaboratifs. Pour avancer au jour le jour, c’est plus utile pour moi d’avoir une vue restreinte à ce que je dois faire aujourd’hui, et la possibilité de m’organiser dans le temps, ce que me permettent les tâches Google intégrées à mon calendrier.

Si vous avez des expériences à partager autour de Trello, de la gestion de vos projets ou de vos tâches, ça m’intéresse de les entendre!

On ne peut pas tout faire

Dans la vie, il faut faire des choix. On le sait, mais parfois on a beau essayer, on continue à vouloir tout faire. C’est mon cas, tout du moins.

Il faut mettre des priorités. Choisir le plus important aux dépens du moins important. Réfléchir à nos objectifs à long terme, et choisir des projets qui collent avec. Oui.

Mais que faire lorsqu’on regarde nos choix possibles, et que tout est "non-négociable"? Quand tout est "top priorité"? Quand on refuse d’accepter de lâcher les choses qu’on sait qu’on devrait raisonnablement laisser tomber?

Pour ma part, je viens de mettre le doigt sur une clé importante pour débloquer ce genre de situation, et je la partage ici au cas où elle servirait également à autrui.

Il faut accepter de faire face aux émotions qui accompagnent l’abandon d’un projet ou d’une activité qu’on décide de ne pas faire. Ça peut être douloureux, suivant à quoi on renonce. Triste. Comme un petit deuil à faire.

Et si on met son énergie, comme j’ai tendance à le faire, dans la recherche de solutions pour ne pas avoir à souffrir cet inconfort ou cette peine, on se condamne à l’impasse.

Des fois, il faut avoir le courage d’avoir mal — dans sa vie professionnelle également.

"Gamification"

On parle pas mal en anglais de "gamification", surtout dans le domaine des services web. Un exemple vaut mieux que mille explications: Foursquare. C’est un réseau social, un outil de géolocalisation, mais c’est aussi presque un jeu, avec des badges à décrocher, des records à battre, etc.

C’est un outil sur lequel on a rajouté une couche ludique.

Demain, je vais "gamifier" ma journée de travail. En effet, j’ai quelques grosses tâches importantes et assez complexes qui me pèsent sur la conscience, que — surprise! — j’ai tendance à repousser de jour en jour.

Je vais donc utiliser la méthode Pomodoro, et découper mon temps en tranche de 30 (enfin, 25) minutes. Mais au lieu de planifier toutes mes "tomates" à l’avance, je vais mettre des petits billets dans une boîte et tirer au sort chaque fois la tâche suivante.

Comme j’ai en fait trop à faire pour la journée, et qu’une des choses qui me paralyse c’est de mettre des priorités, je règle ainsi un partie du problème — et en plus c’est amusant! Du coup je suis plutôt motivée à l’idée de travailler alors que ces temps j’ai plutôt tendance à me traîner, voire à être paralysée et à ne pas avancer du tout.

Si vous avez vos propres "trucs" pour mettre un peu de jeu dans votre quotidien professionnel, racontez-nous ça dans les commentaires!

Tâches rétrospectives

Il y a des périodes où notre liste de choses à faire ne rétrécit pas. On n’avance pas. On fait des tas de choses, mais on ne fait rien.

Histoire de focaliser sur le "tas de choses" et non pas sur le "rien", il vaut la peine de rajouter à sa liste de tâches (là où l’on coche, biffe, stabilobosse…) les choses imprévues qu’on prend en cours de route. Ou que l’on ne jugeait pas dignes de figurer sur sa liste de tâches.

Du coup, de ma journée où je n’ai "quasi rien fait" (de ma liste de tâches…), je me retrouve en fait avec une liste longue comme le bras de choses que j’ai faites.

Après, reste à comprendre pourquoi il y a une telle déconnexion entre la liste de tâches et les activités réelles. Mais c’est une autre histoire

Going Solo: un groupe facebook pour indépendants

Il y a quelques années de cela (en 2008) j’ai organisé à Lausanne une conférence internationale d’une journée pour indépendants, Going Solo. Le thème: comment être indépendant à l’heure d’internet, dans un monde connecté.

On y a abordé tout un tas de sujets: comment se faire connaître, comment fixer ses prix, comment s’organiser, comment rompre l’isolement du travailleur solitaire, comment gérer l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle… plein de thématiques qui vous sont familières si vous lisez régulièrement le blog de l’eclau. Les vidéos sont en ligne, profitez-en!

La conférence de Lausanne fut un succès, mais j’ai fait l’erreur de vouloir "partir en tournée" avec trop vite et trop près (à Leeds). J’ai compris ensuite que j’avais en fait "épuisé mon réseau" avec la première conférence: toutes les personnes que je pouvais atteindre et qui voulaient venir à la conférence y étaient venues, et trois mois plus tard et dans une autre ville européenne, il n’y avait plus assez de monde dans mon réseau pour remplir la conférence.

J’ai donc pris la difficile décision d’annuler Going Solo Leeds et de remplacer la conférence par une rencontre plus informelle de type barcamp, SoloCamp. Et en fait, ça a super bien marché. On était une vingtaine, on a fait un tour de salle pour se mettre d’accord sur les thématiques à aborder, et différents participants ont animé les discussions qui ont suivi. On a mis le tout sur un wiki (il y a un peu de spam, désolée).

Vous savez quoi? En me replongeant là-dedans, j’ai assez envie de mettre sur pied un SoloCamp francophone à Lausanne. Ça pourrait être sympa, non?

Mais je digresse.

J’ai eu envie, juste après Going Solo et SoloCamp, de garder cette belle énergie et en faire quelque chose. J’ai tenté de lancer une liste de discussion par e-mail pour qu’on puisse continuer à échanger online, mais, mauvais timing ou mauvaise gestion, ça n’a pas pris.

Maintenant, quatre ans plus tard, avec le groupe Facebook Going Solo, ça y est. 45 personnes, des discussions actives tous les jours, du cas particulier ("qu’est-ce que je fais dans telle ou telle situation?") au général ("comment organisez-vous vos matinées?"). C’est un groupe bilingue, on y parle indifféremment anglais ou français, même si en ce moment il y a surtout de l’anglais (mais n’hésitez pas à répondre en français!) et il y a aussi bien des Lausannois(es) que des gens de l’autre bout de la planète!

Je me réjouis de vous y retrouver.

Déconnecter

J’ai déjà parlé de l’importance de prendre des vacances. Il est aussi important de déconnecter, de se débrancher d’internet, voire de la technologie. La vitesse du temps change quand on fait ça. On revient plus posé, avec plus de recul. Bien sûr, petit à petit le rythme de vie connecté revient, et on répète l’opération.

Mon inspiration principale? Danah boyd, qui décroche chaque année un mois durant, tuant son e-mail durant cette période. D’autres qui décrochent? Thierry Crouzet, option "cure de désintox". Cathy Brooks, pour une pause "hygiène numérique" deux fois par an.

Pour ma part, j’ai une semaine de vacances dans le Sud de la France chaque année (peu d’électricité, pas de réseau), et mon chalet est une zone "non-travail/non-internet".

Les échanges que j’ai pu avoir sur le sujets m’ont amenée à la conclusion que le "problème" lorsqu’il s’agit de déconnecter n’est pas vraiment internet ou la connectitude en soi. C’est le travail, d’abord — une difficulté réelle à prendre de vraies vacances où l’on ne travaille pas — et puis l’attachement à ce rythme de vie occupé-où-l’on-court qui nous épargne l’inconfort de regarder de plus près notre vie, nos relations, nous-mêmes.

Est-ce que vous débranchez? Quand et comment?