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Réseauter n’est pas vendre

Montréal, il y a une dizaine de jours. J’ai le privilège d’aller manger un morceau (chez Magnan!) avec Lise Cardinal, que je connais un petit peu après s’être croisées quelques fois à l’occasion d’une table ronde (ou autre) du côté de chez Rezonance.

Bref, si vous ne la connaissez pas, sachez que Lise est incontournable si on s’intéresse un tant soit peu au réseautage. On a parlé de choses et d’autres, mais aussi bien sûr de nos activités et intérêts respectifs, et Lise a dit à un moment donné quelque chose qui s’est immédiatement imprimé de façon indélébile dans mon cerveau: “pour la plupart des gens, réseauter c’est faire de la vente” (je paraphrase de mémoire, hein, l’impression dans mon cerveau s’est probablement munie d’une couche d’interprétation.

Et vlan! La voilà, la clé pour exprimer ce qui me dérange (à me hérisser le poil) chez certains “réseauteurs”! Réseauter, c’est approcher l’autre dans le but de véritablement créer une relation. “Se faire un ami.” Se demander ce qu’on peut faire pour cette personne, et non pas comment cette personne nous permettra d’atteindre nos objectifs. Donner, et non pas prendre.

On mise sur la relation, avec la confiance que sur le long terme, c’est sur le terrain de toutes nos relations que pourront fleurir des relations d’affaires, du business.

Alors voilà: quand vous cherchez à “faire des contacts”, visez de faire connaissance, d’être tourné plus vers l’autre que sur vous-même. Si vous débarquez cartes de visite à la main en vous demandant à qui vous allez bien pouvoir vendre une assurance ou un mandat, c’est perdu d’avance, et votre présence à l’apéro ou à la soirée sera perçue comme un gros cheveu vendeur-marketeur sur la soupe.

Les mandats qu’il vaut mieux ne pas avoir

Pas toujours facile à accepter: il y a certains mandats sans lesquels on se porte mieux. Surtout quand les temps sont un peu durs (ils le sont toujours un peu) on se voit mal dire non à un client prêt à signer et à payer.

Pourtant, certains mandats sont des cadeaux empoisonnés. Oui, on se retrouve avec 1000, 5000, ou 10000 CHF de plus dans le compte en banque. Mais à quel prix? Etre payé 1000.- pour 10000.- de travail, ça n’en vaut pas la peine — même si on a terriblement besoin des 1000.- en question.

Trop bas payé, il vaut mieux laisser le champ libre afin d’être ouvert à d’autres opportunités. Sinon, on court le risque d’être trop occupé à se faire payer des clopinettes quand arrivera le client prêt à payer 1500.- pour… 1500.- de travail.

Il n’y a pas que la charge de travail effective: combien le mandat va-t-il coûter en stress? En temps de gestion client? Est-ce qu’on va passer ses week-ends à angoisser parce que la relation est tendue?

Alors il faut trier. J’ai des systèmes en place pour m’aider à détecter les clients présentant un risque important, par exemple (j’en parlerai à l’occasion). Avec les années, j’ai appris qu’effectivement, il y avait des mandats qu’il valait mieux perdre (voire refuser!), même quand j’avais besoin de l’argent en question. Version romanesque: mieux vaut libre et sans le sou qu’en servitude pour trois pièces d’argent.

Mais malgré tout, je trouve toujours difficile à mettre en pratique. Et même quand on n’est pas (plus) sur la paille, face à l’abondance d’opportunités à plus forte raison, la question se pose toujours: quels sont mes critères pour prendre ou refuser un nouveau mandat?

Le passage à vide de l’indépendant

J’ai ma petite théorie quant à l’évolution du “business” de la personne qui se met à son compte.

Au départ, toutes les personnes de notre entourage qui auraient besoin de nos services se jettent sur nous. Aussi, c’est frais, c’est excitant, tout le monde autour de nous est au courant qu’on s’est “mis à son compte”, et le travail n’est pas trop dur à trouver — surtout dans le cas de l’indépendant qui a transformé sa passion (pour laquelle il était déjà certainement reconnu dans son entourage) en métier.

Puis vient le moment où ce réseau immédiat est épuisé. Toutes les personnes aisément accessibles qui avaient besoin de nos services y ont eu accès.

Passage à vide.

Dans mon cas, ça a commencé environ un an après mon grand saut dans la vie indépendante, et ça a duré environ 18 mois.

En discutant autour de moi, j’ai l’impression qu’on passe tous un peu par là. Ça passe ou ça casse. Ça passe si le bouche a oreille prend assez de vitesse pour atteindre la vitesse de libération du réseau immédiat (désolée pour l’analogie orbitale).

Vous avez connu ça?